– projet dormant –

d’après le roman Le Théorème d’Almodóvar d’Antoni Casas Ros

création pour 5 comédiens

Le texte est publié aux éditions Gallimard, NRF.

Origine du projet

C’est en flânant dans une librairie que mon œil fut attiré par ce titre mariant étrangement les mathématiques au cinéaste espagnol : Le Théorème d’Almodóvar.
Ce premier roman d’Antoni Casas Ros était barré d’un bandeau rouge tout aussi tape à l’œil… préfigurant une « Transfiguration ».
Trop tard. Fanfare ou pas, j’étais suffisamment intriguée pour vouloir tenter l’expérience.
(…) Et j’y ai découvert une langue jusqu’alors inconnue, crue et baroque, à l’éclat et la dureté d’une lame.
Entre fiction et récit autobiographique, ce roman s’écrivait sous mes yeux… par un homme défiguré :
Depuis la funeste rencontre de sa 4L et d’un cerf surgi de la forêt, Antoni n’est plus qu’une photo bougée qui pourrait faire penser à un visage et vit cloîtré dans son appartement.
Il passe le temps à explorer sa solitude ; médite sur la forme et l’informe, les théories newtoniennes érigées en poèmes. Il rêve de convertir le monde en équations tout en regardant les paquebots quitter le port de Gênes.

le théorème du désir

 

Persuadé qu’il ressemble à un héros d’un film d’Almodóvar, le narrateur convoque le réalisateur dans son récit. Et il se retrouve ainsi à discuter avec lui du prochain film qui retracera sa vie : son accident, mais aussi son histoire d’amour avec Lisa, une transsexuelle apparaissant tout aussi soudainement dans l’histoire. Sa vie se glisse à présent dans la fiction d’un autre.
Antoni Casas Ros regarde le monde à travers l’écriture jusqu’à ce qu’il révèle sa beauté. Il brise le miroir et passe de l’autre côté, là où les visages abîmés et les androgynes, dans une étreinte réparatrice, réfléchissent leur beauté. Le roman s’inscrit dans la trame du temps en train de s’écouler. L’auteur Antoni Casas Ros apparaît en même temps que s’écrit son œuvre.
Une transfiguration était bien en train de se réaliser.
Ce roman dans lequel le rêve et la réalité se mêlent et se confondent ouvrait un infini de possibles à explorer et m’interrogeait sur notre rapport au corps et au monstrueux.
Ainsi est né le désir de faire entendre ce texte sur un plateau de théâtre, et Le Théorème du désir en serait l’adaptation.
Hélène Arnaud – Notes, Printemps 2008

 

Carreblanc

visuel THEOREME

© Patrick Vallot

 

Le poète cultive les fissures.
Il faut fracturer la réalité apparente
ou attendre qu’elle se crevasse,
pour capter ce qui est au-delà du simulacre.
Roberto Juarroz

 

dessins1THEOREME

La danse des quarks

Le projet d’Antoni Casas Ros est d’écrire l’autobiographie d’un esprit et non celle d’un corps. Et cette autobiographie de l’esprit est bien celle de l’imagination.
Et là, plus de frontière : on peut rêver qu’Almodóvar met en scène votre propre vie, qu’il vous présente une femme avec une bite, qui saura vous voir au-delà des apparences et vous confectionnera des masques en carton, ou que vous hébergez un cerf dans votre salon.
Antoni Casas Ros invente une langue sans pathos, comme une lame qui plonge dans le réel, comme une longue-vue qui entre dans un corps et vous montre la danse infinie des neurones, des cellules, des quarks.
Antoni Casas Ros devient un personnage de l’univers marginal d’Almodóvar, et Almodóvar un personnage du roman d’Antoni.  Film dans le roman, dans le film…

Le Théorème d’Almodóvar instaure une sorte de miroir à l’infini, qui nous rappelle  immanquablement certaines nouvelles de Jorge Luis Borgès… L’infini serait le reflet que se renvoient deux miroirs posés face à face.
Au centre du vide, il y a une autre fête… *
L’énigmatique citation de Roberto Juarroz résonne tout au long du roman comme une invitation au voyage intérieur. Antoni Casas Ros interroge les frontières entre l’imagination et la réalité.  Par l’écriture, Antoni se réapproprie son visage qui gît entre les tôles broyées de sa 4L ; il tente d’aller au-delà des apparences, pour dévoiler la nudité extrême de l’être.
* Poésie verticale XII, 21 Roberto Juarroz

Lorsque j’écris, lorsque je lis, je cherche à ouvrir des failles vertigineuses dans le réel et ces failles dans lesquelles je m’abandonne me font découvrir la splendeur de paysages intérieurs qui appartiennent à tous les êtres.
Antoni Casas Ros

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le théorème du désir © Patrick Vallot 

Antoni Casas Ros
tentative de portrait
d’un homme sans visage

Personne n’a jamais vu Antoni Casas Ros, dit-on, pas même son éditeur… Les mots ont, semble-t-il, remplacé son visage.
J’écris uniquement pour comprendre comment une autre fête peut se trouver au centre du vide, voilà le théorème que ce mathématicien se propose de démontrer sachant que pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s’est arrêté une nuit, à vingt ans.
Depuis la parution de ce premier roman en 2008, chez Gallimard, Antoni Casas Ros a écrit Mort au romantisme, Gallimard, 2009, Enigma, Gallimard, 2010, Chroniques de la dernière révolution, Gallimard, 2011 et Lento, Christophe Lucquin Éditeur, 2014.

 

 

 

 

On dit ici et là que vous n’existez pas, comme si vous étiez le fantasme du monde littéraire parisien…

Antoni Casas Ros – Si je n’existe pas, il faudra que je trouve qui a écrit mon roman. Imaginez, vous vous réveillez d’une très longue nuit et une main mystérieuse a déposé un manuscrit sur votre ventre. Vous le lisez, vous l’envoyez, il est publié et, un jour, vous voyez l’auteur dans votre miroir. Cela ressemble à une nouvelle anglaise.
extrait – interview recueillie par Anthony Palou

dessins9dossier THEOREME© Patrick Vallot